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La délinquance chez les jeunes est un phénomène complexe qui ne s’explique pas par une seule cause. Difficultés financières, décrochage scolaire, isolement ou manque d’accompagnement peuvent contribuer à faire basculer certains adolescents dans des comportements délinquants. Face à cette réalité, les politiques de prévention restent essentielles. À Nantes, la municipalité souhaite revoir en profondeur son dispositif pour mieux agir auprès des jeunes les plus fragiles.
Au printemps 2026, plusieurs fusillades mortelles liées au trafic de drogue ont endeuillé la ville de Nantes. Parmi les victimes figurait notamment un adolescent âgé de seulement 15 ans.
Un phénomène qui illustre une réalité préoccupante : les réseaux criminels recrutent de plus en plus tôt. Selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, certains mineurs impliqués dans ces réseaux peuvent avoir à peine 10 ans.
Mais la délinquance des jeunes ne se limite pas au trafic de stupéfiants. Les parcours qui conduisent certains adolescents à commettre des infractions sont souvent marqués par des difficultés sociales, familiales et scolaires.
Le sociologue Fabien Truong, spécialiste des jeunes issus des quartiers populaires, souligne notamment le poids de la précarité économique et de l’échec scolaire. Les adolescents les plus exposés sont parfois ceux qui grandissent dans un environnement où les difficultés s’accumulent et où les perspectives d’avenir semblent limitées.
Le manque de présence et d’encadrement par des adultes constitue également un facteur important. Les parents ne sont pas toujours disponibles, notamment en raison de contraintes professionnelles ou de situations familiales compliquées.
Cette solitude peut être exploitée par les réseaux de trafic de drogue. Des adultes impliqués dans ces activités proposent aux adolescents de l’argent, mais aussi un sentiment d’appartenance et une place au sein d’un groupe. Une forme de reconnaissance qui peut rapidement devenir un piège.
Pour Gaspard Florin Camagna, élu nantais chargé de la prévention, la délinquance trouve parfois ses racines dans la précarité, le sentiment d’abandon et le manque de considération. Il estime également que la perte de confiance de certains jeunes envers l’école, la police ou les institutions doit pousser les pouvoirs publics à mieux prendre en compte leurs difficultés.
Les relations avec l’école jouent aussi un rôle déterminant. La sociologue Alice Gaïa, qui a étudié les parcours de personnes ayant réussi à sortir de la délinquance, constate que beaucoup avaient connu une scolarité difficile, marquée par des échecs et un sentiment de dévalorisation.
Pour autant, un parcours scolaire compliqué ne conduit pas automatiquement à la délinquance. De même, une première infraction ne signifie pas nécessairement qu’un jeune récidivera. En 2024, seuls 15 % des mineurs condamnés pour un délit avaient déjà fait l’objet d’une condamnation. Cette proportion atteignait toutefois 24 % chez les jeunes de 17 ans.
Pour éviter qu’un premier délit ne débouche sur une succession d’infractions, les spécialistes insistent sur l’importance de la prévention.
L’école constitue un premier rempart contre le décrochage, mais l’accompagnement doit également se poursuivre en dehors des établissements. Familles, éducateurs, associations et travailleurs sociaux ont tous un rôle à jouer pour maintenir le dialogue avec les adolescents en difficulté.
Sortir de la délinquance est rarement immédiat. Il s’agit généralement d’un parcours qui nécessite du temps, un accompagnement régulier et la possibilité de reconstruire des liens sociaux.
C’est dans cette logique que la Ville de Nantes prépare une nouvelle politique de prévention. Parmi les premières mesures figure le déploiement du programme LIMITS, soutenu par la Mildeca et déjà expérimenté dans le quartier du Breil.
Le dispositif doit désormais être étendu aux quartiers de Bottière et de Port-Boyer. Il concernera principalement les jeunes de 10 à 21 ans, mais également leurs parents et les professionnels qui les accompagnent.
L’objectif est double : empêcher les adolescents de rejoindre les réseaux criminels et accompagner ceux qui sont déjà impliqués afin de leur permettre d’en sortir.
Une nouvelle feuille de route, attendue au printemps 2027, devra également intégrer plusieurs domaines : l’éducation, la santé, l’emploi, l’insertion professionnelle, le sport et la culture.
Pour la municipalité, la prévention ne peut pas reposer uniquement sur les questions de sécurité. Elle doit mobiliser l’ensemble des politiques publiques, de l’aménagement urbain à l’accompagnement social.
Les dernières données nationales mettent en évidence plusieurs évolutions contrastées :
-15 % : c’est la baisse du nombre de mineurs mis en cause par la police et la gendarmerie entre 2016 et 2025.
+55 % : dans le même temps, les mises en cause de mineurs pour trafic de stupéfiants ont progressé.
31 % : des faits impliquant des mineurs concernent des atteintes aux personnes, hors violences sexuelles.
26 % : concernent des atteintes aux biens sans violence.
16 % : sont liés aux infractions concernant les stupéfiants.
15 à 16 ans : c’est l’âge moyen des jeunes recrutés comme petites mains dans les réseaux de trafic de drogue.
Sources : Service statistique ministériel de la sécurité intérieure et Mildeca.
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